Introduction
Un studio loué meublé à Rennes pour 700€ par mois génère 8 400€ de recettes annuelles. Sous le régime micro-BIC, la moitié est imposée d’office, quels que soient les intérêts d’emprunt ou les charges réellement payés. Au régime réel, le même bien peut ne générer aucun impôt pendant plusieurs années, grâce à l’amortissement comptable. Entre les deux, la différence se chiffre parfois en milliers d’euros par an, et se joue sur une case à cocher lors de la déclaration de début d’activité.
Le statut LMNP (location meublée non professionnelle), dont nous détaillons les conditions d’accès dans notre présentation complète du LMNP, propose ces deux régimes fiscaux, micro-BIC et réel, et le choix conditionne directement l’impôt payé sur les loyers perçus. Chez Les Hermines, cabinet de gestion de patrimoine, nous voyons régulièrement des investisseurs rester au micro-BIC par défaut, sans avoir comparé ce que le réel aurait produit sur leur propre bien.
Dans cet article, nous verrons comment fonctionne chacun de ces deux régimes, à partir de quel niveau de charges le réel devient plus intéressant, et ce qui a changé depuis 2025 dans l’arbitrage entre les deux.
Le micro-BIC, un régime simple mais forfaitaire
Comment fonctionne l’abattement
Le régime micro-BIC s’applique par défaut à tout loueur en meublé non professionnel dont les recettes restent sous un plafond légal. Aucune option à formuler, aucune comptabilité à tenir. L’administration applique un abattement forfaitaire sur les recettes brutes déclarées, censé représenter l’ensemble des charges de l’activité, et impose le solde au barème progressif de l’impôt sur le revenu.
Pour une location meublée longue durée, cet abattement est de 50%. Un bailleur qui perçoit 10 000€ de loyers annuels ne sera donc imposé que sur 5 000€, ajoutés à ses autres revenus du foyer fiscal. Ce mécanisme ne demande ni justificatif ni facture. C’est précisément ce qui en fait sa force, et sa limite : que les charges réelles du bien soient de 1 000€ ou de 6 000€ dans l’année, l’abattement reste le même.
Le plafond de recettes pour bénéficier du micro-BIC en location longue durée est fixé à 77 700€ pour les revenus 2025, porté à 83 600€ pour les revenus 2026 à 2028 (article 50-0 du CGI). Pour un meublé de tourisme classé, les mêmes seuil et abattement s’appliquent. Pour un meublé de tourisme non classé, la loi n°2024-1039 du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur, a réduit l’abattement à 30% et abaissé le plafond à 15 000€ pour les revenus perçus depuis 2025, contre 77 700€ auparavant
[source : impots.gouv.fr, bofip.impots.gouv.fr]. Ces seuils évoluent chaque année et méritent d’être vérifiés avant toute décision.
Ce qui déclenche la bascule vers le réel
Le dépassement du plafond une seule année ne fait pas basculer automatiquement au régime réel. La bascule devient obligatoire seulement après deux années consécutives de dépassement du seuil applicable. Un investisseur qui franchit le plafond une année, puis redescend en dessous l’année suivante, reste au micro-BIC.
En dessous du seuil, le micro-BIC reste optionnel : rien n’empêche un bailleur de choisir volontairement le régime réel, même avec de faibles recettes, si ses charges le justifient. C’est là que se situe la vraie question, pas dans le respect d’un plafond, mais dans la comparaison entre l’abattement forfaitaire et les charges réellement supportées.
Le régime réel, l’amortissement contre l’abattement forfaitaire
Ce que l’amortissement change concrètement
Au régime réel, l’investisseur déduit ses charges réelles, intérêts d’emprunt, taxe foncière, charges de copropriété, frais de gestion, assurance, et surtout pratique l’amortissement comptable du bien et du mobilier. L’amortissement répartit le prix d’acquisition sur la durée d’usage du bien, une charge comptable qui réduit le résultat imposable sans qu’aucune somme ne soit réellement décaissée cette année-là.
Pour un bien acquis 200 000€ hors valeur du terrain, amorti à titre indicatif sur 25 à 30 ans, la déduction annuelle avoisine 7 000€ à 8 000€ (la durée d’amortissement dépend de chaque bien et doit être déterminée par un expert-comptable). Ajoutée à l’amortissement du mobilier, généralement réparti sur 5 à 10 ans, et aux intérêts d’emprunt, cette déduction suffit souvent à ramener le résultat fiscal proche de zéro pendant plusieurs années, sans que le bailleur ne paie d’impôt sur des loyers qui continuent pourtant d’alimenter son compte en banque.
Ce mécanisme change radicalement l’équation dès que les charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire du micro-BIC. Pour un bien avec un emprunt en cours, c’est souvent le cas dès les premières années de détention.
Ce que le régime réel exige en contrepartie
Le régime réel impose la tenue d’une comptabilité conforme au plan comptable général, et le dépôt d’une déclaration de résultat (formulaire n°2031 et ses annexes) avant le deuxième jour ouvré de mai, dans l’espace professionnel du site impots.gouv.fr. Cette obligation comptable justifie, dans la grande majorité des cas, le recours à un expert-comptable, ce qui représente un coût annuel à intégrer dans le calcul de rentabilité.
L’option pour le régime réel est valable un an et se reconduit tacitement chaque année civile (article 50-0, 4 du CGI). Elle n’engage donc pas l’investisseur sur plusieurs années : il peut y renoncer avant le 1er février de l’année suivante, en notifiant son service des impôts des entreprises, s’il redevient plus intéressant de repasser au micro-BIC.
Un point mérite l’attention avant de choisir le réel. Depuis le 15 février 2025, l’article 84 de la loi de finances pour 2025 impose la réintégration des amortissements déduits dans le calcul de la plus-value imposable lors de la revente d’un bien LMNP au régime réel. Le prix d’acquisition retenu pour ce calcul est diminué du montant total des amortissements pratiqués, ce qui augmente la base taxable à la sortie. Certaines résidences à public spécifique, étudiantes, seniors ou médico-sociales, restent exclues de ce mécanisme. L’avantage fiscal obtenu chaque année pendant la détention se paie donc, en partie, au moment de la revente.
À retenir. Le micro-BIC efface une partie forfaitaire des recettes sans condition. Le réel efface le résultat imposable en fonction des charges réelles et de l’amortissement, mais reprend une part de cet avantage à la revente et demande une comptabilité tenue par un professionnel.
Choisir entre les deux régimes engage plusieurs années de fiscalité et se calcule sur le cas précis du bien, pas sur une règle générale. Si vous souhaitez évaluer ce que produirait chaque régime sur votre propre situation, le premier bilan patrimonial chez Les Hermines est offert et sans engagement.
Micro-BIC ou réel, ce qui fait vraiment pencher la balance
| Critère | Micro-BIC | Régime réel |
|---|---|---|
| Abattement ou déduction | Forfaitaire, 50% (longue durée) ou 30% (tourisme non classé) | Charges réelles + amortissement du bien et du mobilier |
| Comptabilité | Aucune | Obligatoire, liasse 2031 et annexes |
| Coût de gestion | Nul | Expert-comptable généralement nécessaire |
| Plafond de recettes | 77 700€ (83 600€ en 2026-2028) ou 15 000€ selon le bien | Aucun plafond |
| Impact à la revente | Aucun amortissement à réintégrer | Amortissements réintégrés dans la plus-value depuis le 15 février 2025 |
| Bascule automatique | Après 2 années consécutives de dépassement du seuil | Sur option, reconduite tacitement chaque année |
La règle empirique tient en une phrase : le micro-BIC devient désavantageux dès que les charges réelles, intérêts d’emprunt compris, dépassent le taux d’abattement forfaitaire applicable. Un bien acheté cash, sans emprunt ni gros travaux, avec de faibles charges de copropriété, peut rester plus simple et tout aussi favorable au micro-BIC. Un bien acheté à crédit, avec des intérêts d’emprunt significatifs les premières années, penche presque systématiquement vers le réel.
La revente change aussi la donne. Un investisseur qui prévoit de revendre rapidement, dans les cinq à dix ans, doit intégrer que les amortissements déduits au réel viendront alourdir sa plus-value imposable ce jour-là. Un investisseur qui pense conserver le bien vingt ans ou plus, et transmettre plutôt que revendre, subit moins ce désavantage.
Ce qui a changé depuis 2025 dans cet arbitrage
Deux réformes récentes pèsent directement dans le choix entre micro-BIC et réel. La loi Le Meur du 19 novembre 2024 a resserré le régime micro-BIC des meublés de tourisme non classés, avec un abattement ramené à 30% et un plafond abaissé à 15 000€. Un loueur saisonnier qui générait auparavant 40 000€ de recettes sous 50% d’abattement se retrouve désormais, sous 15 000€ de plafond, mécaniquement poussé vers le régime réel ou vers une démarche de classement de son bien auprès d’un organisme accrédité, seule voie pour conserver le seuil et l’abattement d’un meublé classique.
La location longue durée, elle, n’est pas concernée par ce resserrement et conserve son plafond et son abattement de 50%, ce qui en fait, pour un investisseur rennais visant un studio ou un T2 loué à l’année à un étudiant ou un jeune actif, un cadre fiscal resté stable.
La deuxième réforme, la réintégration des amortissements dans le calcul de la plus-value depuis le 15 février 2025, ne change rien pendant la détention du bien mais réduit l’avantage global du réel sur le long terme, en particulier pour les stratégies de revente à moyen terme. Cette règle ne remet pas en cause l’intérêt du réel pendant la détention, elle déplace simplement une partie du calcul vers le jour de la revente.
Aucune stratégie décrite dans cet article ne constitue un conseil personnalisé, elle doit être confrontée à votre situation avant toute décision. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et tout investissement immobilier comporte un risque de perte en capital.
Cet arbitrage entre micro-BIC et réel ne représente qu’une partie de la décision. Le choix du produit et de l’exploitant compte tout autant, ce que nous développons dans notre article sur pourquoi le LMNP reste un levier de défiscalisation puissant.
Basculer d’un régime à l’autre, ce qu’il faut anticiper
Passer du micro-BIC au réel se décide chaque année avant le 1er février, sans engagement pluriannuel. Revenir du réel au micro-BIC demande davantage de vigilance : les amortissements pratiqués pendant les années au réel restent acquis et viendront s’imputer sur la future plus-value, même après un retour au micro-BIC. Ce point mérite d’être vérifié avec un expert-comptable avant tout changement de régime, en particulier si une revente est envisagée dans les années suivantes.
Nombre de nos clients qui investissent en LMNP empruntent pour financer tout ou partie de l’acquisition, ce qui, mécaniquement, fait souvent pencher la balance vers le régime réel dès les premières années, du fait des intérêts d’emprunt déductibles. Le calcul reste toutefois propre à chaque bien, chaque niveau d’apport et chaque horizon de détention. Nous détaillons les autres leviers de défiscalisation immobilière dans notre comparatif des dispositifs Denormandie, déficit foncier et LMNP.
Les Hermines vous accompagnent
Le cabinet Les Hermines aide régulièrement des investisseurs à simuler l’impôt réel produit par le micro-BIC et par le régime réel sur leur bien précis, avant de trancher. Cette comparaison chiffrée, propre à chaque situation, évite de rester par défaut sur un régime qui n’est pas toujours le plus favorable. Si vous souhaitez faire ce calcul sur votre propre projet, le premier rendez-vous est offert et sans engagement.
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FAQ
Quel est le seuil de recettes pour rester au micro-BIC en LMNP ?
Pour une location meublée longue durée ou un meublé de tourisme classé, le plafond est de 77 700€ pour les revenus 2025, porté à 83 600€ pour les revenus 2026 à 2028. Pour un meublé de tourisme non classé, le plafond est de 15 000€ depuis les revenus 2025, avec un abattement réduit à 30% (article 50-0 du CGI, loi n°2024-1039 du 19 novembre 2024). Ces seuils évoluent et méritent une vérification avant déclaration.
Le régime réel est-il toujours plus avantageux que le micro-BIC ?
Non. Le réel devient intéressant quand les charges réelles, amortissement compris, dépassent le taux d’abattement forfaitaire du micro-BIC. Un bien sans emprunt et à faibles charges peut rester plus simple, et tout aussi favorable, au micro-BIC. La comparaison se fait au cas par cas, idéalement avec un conseiller ou un expert-comptable.
Peut-on changer de régime fiscal chaque année en LMNP ?
L’option pour le régime réel est valable un an et se reconduit tacitement. Un investisseur peut y renoncer avant le 1er février de l’année suivante pour repasser au micro-BIC (article 50-0, 4 du CGI). Le retour au micro-BIC ne supprime toutefois pas l’effet des amortissements déjà pratiqués sur la future plus-value de revente.
Qu’est-ce que l’amortissement en LMNP au régime réel ?
C’est une charge comptable qui répartit le prix d’acquisition du bien et du mobilier sur leur durée d’usage estimée, sans sortie d’argent réelle. Elle réduit le résultat imposable chaque année, ce qui peut ramener l’impôt sur les loyers à un niveau proche de zéro pendant plusieurs années, selon le montant investi et la durée retenue.
Le régime réel LMNP nécessite-t-il obligatoirement un expert-comptable ?
Ce n’est pas une obligation légale, mais c’est une pratique que nous recommandons fortement. Le calcul de l’amortissement, la ventilation entre le bien et le mobilier, et le dépôt de la liasse fiscale 2031 exposent à des erreurs coûteuses en cas de contrôle.
Que se passe-t-il si je dépasse le plafond du micro-BIC une seule année ?
Rien d’automatique. La bascule vers le régime réel devient obligatoire seulement après deux années consécutives de dépassement du seuil applicable à votre type de location.
Ce contenu est informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. Consultez un professionnel qualifié pour toute décision patrimoniale.




