Introduction : transmettre son patrimoine sans impôts, mythe ou opportunité réelle ?
Vous êtes propriétaire d’un ou plusieurs biens immobiliers, et vous vous demandez comment préparer au mieux leur transmission à vos enfants ? Vous redoutez la lourdeur fiscale d’une succession classique ou les conflits familiaux liés à l’héritage ? Sachez qu’il est possible – dans certaines conditions – de donner un bien immobilier à ses enfants sans payer d’impôts.
En France, la fiscalité des donations a beau être réputée complexe, elle offre des leviers puissants pour qui sait les utiliser.
Bonne nouvelle : 2025 marque un tournant. En plus des dispositifs classiques de donation (abattements de 100 000 €, démembrement de propriété), la loi de finances 2025 a instauré une toute nouvelle exonération pouvant aller jusqu’à 300 000 € pour aider ses enfants à devenir propriétaires.
Cet article vous guide, stratégie par stratégie, pour réussir une donation immobilière optimisée fiscalement, que vous souhaitiez donner un bien ou financer l’achat d’un logement pour vos enfants.
Nouveauté 2025-2026 : l’exonération exceptionnelle de 300 000 €
C’est le dispositif phare à ne pas manquer. La loi de finances du 14 février 2025 (article 790 A bis du CGI) a créé une exonération inédite permettant à chaque parent ou grand-parent de donner jusqu’à 100 000 € par bénéficiaire, dans la limite globale de 300 000 € par enfant ou petit-enfant, entièrement exonérés de droits de donation.
Ce que permet ce dispositif
| Condition | Détail |
|---|---|
| Montant maximum | 100 000 € par donateur, 300 000 € par bénéficiaire (tous donateurs cumulés) |
| Usage des fonds | Achat d’un logement neuf (VEFA) ou travaux de rénovation énergétique éligibles MaPrimeRénov’ |
| Délai d’utilisation | Les fonds doivent être utilisés dans les 6 mois suivant la donation |
| Conservation du bien | Résidence principale pendant 5 ans minimum |
| Période d’application | 15 février 2025 au 31 décembre 2026 uniquement |
| Cumul possible | Cumulable avec l’abattement classique de 100 000 € parent/enfant |
| 🧮 Exemple concret : maximiser l’exonération |
| Un enfant peut recevoir : |
| → 100 000 € de son père (art. 790 A bis) + 100 000 € de sa mère + 100 000 € d’un grand-parent |
| = 300 000 € totalement exonérés via le nouveau dispositif |
| + 100 000 € d’abattement classique père + 100 000 € d’abattement classique mère |
| = TOTAL : jusqu’à 500 000 € transmis sans droits de donation |
Extension au logement ancien — Budget 2026 (en cours)
| ⚠️ Mise à jour mars 2026 — Évolution législative en cours |
| Un amendement adopté à l’Assemblée nationale dans le cadre du budget 2026 prévoit d’élargir le dispositif aux logements anciens, sans condition de travaux, pour les primo-accédants n’ayant pas été propriétaires de leur résidence principale au cours des 2 dernières années. |
| Période envisagée : 1er janvier 2026 — 30 juin 2027 |
| ⚠️ Statut : à confirmer après adoption définitive. Consultez votre notaire ou conseiller en gestion de patrimoine avant d’engager une opération sur cette base. |
Démarches à accomplir (obligatoirement en ligne depuis janvier 2026)
🖥️ IMPORTANT : Déclaration 100 % en ligne depuis le 1er janvier 2026
Depuis le 1er janvier 2026, toutes les déclarations de dons manuels doivent se faire exclusivement via le téléservice dédié sur impots.gouv.fr (espace « Mon espace Finances publiques »).
Le formulaire papier Cerfa n° 2735 n’est PLUS ACCEPTÉ.
Le délai de déclaration reste d’1 mois suivant la donation.
Le télépaiement des droits éventuels est également obligatoire.
Les abattements classiques : 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans
Indépendamment de la nouveauté 2025, le régime de droit commun reste la base de toute stratégie de transmission immobilière.
| Type d’abattement | Montant | Fréquence |
|---|---|---|
| Parent → Enfant (ligne directe) | 100 000 € | Tous les 15 ans |
| Grand-parent → Petit-enfant | 31 865 € | Tous les 15 ans |
| Arrière-grand-parent → Arrière-petit-enfant | 5 310 € | Tous les 15 ans |
| Abattement handicap (cumulable) | + 159 325 € | Tous les 15 ans |
| Don familial de sommes d’argent | 31 865 € | Tous les 15 ans |
| 🧮 Exemple famille : 400 000 € transmis sans droits |
| Un couple avec 2 enfants peut transmettre : |
| 2 parents × 2 enfants × 100 000 € = 400 000 € tous les 15 ans, totalement exonérés. |
| En anticipant dès 50 ans, un couple peut théoriquement répéter l’opération 2 fois avant 80 ans, soit 800 000 € transmis sans droits de donation. |
Les 5 stratégies pour donner un bien immobilier sans (ou très peu de) frais
1. La donation en pleine propriété
Le donateur transfère l’intégralité des droits sur le bien (propriété + usage + jouissance). C’est la solution la plus simple mais aussi la plus coûteuse fiscalement si la valeur du bien dépasse les abattements disponibles.
- Adapté pour : les biens de faible valeur entièrement couverts par les abattements
- À éviter si : vous avez encore besoin d’habiter ou de louer le bien
- Attention : la donation est irrévocable (sauf exceptions très limitées)
2. La donation avec réserve d’usufruit — Le démembrement de propriété
C’est la stratégie favorite des conseillers en gestion de patrimoine. Elle consiste à séparer la propriété du bien en deux droits distincts :
- L’usufruit (conservé par les parents) : droit d’habiter le bien ou d’en percevoir les loyers
- La nue-propriété (transmise aux enfants) : droit de disposer du bien à terme
Au décès du donateur, l’usufruit s’éteint naturellement et les enfants deviennent pleins propriétaires sans droits de succession supplémentaires à payer.
Barème fiscal du démembrement selon l’âge du donateur (article 669 du CGI)
| Âge du donateur | Valeur usufruit | Valeur nue-propriété (base taxable) | Économie fiscale* |
|---|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % | Maximale |
| 21 à 30 ans | 80 % | 20 % | Très élevée |
| 31 à 40 ans | 70 % | 30 % | Très élevée |
| 41 à 50 ans | 60 % | 40 % | Élevée |
| 51 à 60 ans | 50 % | 50 % | Élevée |
| 61 à 70 ans | 40 % | 60 % | Significative |
| 71 à 80 ans | 30 % | 70 % | Modérée |
| 81 à 90 ans | 20 % | 80 % | Faible |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % | Très faible |
* Par rapport à une donation en pleine propriété du même bien
Cas pratique : donation d’un bien de 400 000 € à 62 ans
Valeur fiscale de la nue-propriété : 400 000 € × 60 % = 240 000 €
Abattement parent/enfant : – 100 000 €
Base taxable : 140 000 €
Droits de donation : environ 23 194 €
VS donation en pleine propriété (sans démembrement) : droits d’environ 56 194 €
➡️ Économie : plus de 33 000 € grâce au démembrement seul
3. La donation-partage
Idéale pour les familles avec plusieurs enfants, elle permet de répartir équitablement le patrimoine de votre vivant, avec un acte notarié unique.
- Fige la valeur des biens au jour de la donation : un bien qui prend de la valeur après ne génère pas de rattrapage entre enfants lors de la succession
- Prévient les conflits familiaux : chaque enfant reçoit sa part et y consent
- Peut combiner le démembrement : vous transmettez la nue-propriété à parts égales tout en conservant l’usufruit
- Peut intégrer des biens de natures différentes : immobilier, liquidités, placements
4. La SCI familiale
La société civile immobilière (SCI) familiale est une alternative puissante pour les patrimoines importants ou complexes. Les parents créent une SCI, y apportent le bien immobilier, puis transmettent progressivement des parts à leurs enfants.
- Avantage 1 — Décote sur les parts : les parts de SCI bénéficient d’une décote de l’ordre de 10 à 20 % pour illiquidité ou minorité, réduisant d’autant la base taxable
- Avantage 2 — Maintien du contrôle : les parents restent gérants et gardent la main sur la gestion du bien
- Avantage 3 — Transmission progressive : les parts peuvent être données par tranches, dans le respect des abattements
- Inconvénient : frais de création et de gestion (comptabilité annuelle, déclarations)
5. Le rachat d’assurance-vie en 2026 (dispositif temporaire)
🆕 Nouveauté loi de finances 2026 — Fenêtre d’opportunité jusqu’au 31/12/2026
En 2026 uniquement, un contrat d’assurance-vie dont les primes ont été versées avant 70 ans et avant le 1er octobre 2025 peut être racheté.
La somme issue du rachat peut être donnée aux descendants avec un abattement exceptionnel de 152 500 € par bénéficiaire, en sus des abattements habituels.
Ce dispositif est cumulable avec les donations immobilières et permet de financer l’apport d’un bien.
À combiner impérativement avec un conseil patrimonial personnalisé — des conditions précises s’appliquent.
Tableau comparatif des 5 stratégies
| Stratégie | Avantage principal | Niveau d’optimisation | Idéal pour | Complexité |
|---|---|---|---|---|
| Abattement classique | Simple, renouvelable / 15 ans | ⭐⭐⭐ | Tout patrimoine | Faible |
| Démembrement | Réduit fortement la base taxable | ⭐⭐⭐⭐⭐ | Biens de valeur élevée | Modérée |
| Donation-partage | Prévient les conflits familiaux | ⭐⭐⭐⭐ | Familles avec plusieurs enfants | Modérée |
| Exonération loi 2025 | Jusqu’à 300 000 € exonérés | ⭐⭐⭐⭐⭐ | Achat logement neuf | Faible |
| SCI familiale | Contrôle + optimisation long terme | ⭐⭐⭐⭐ | Patrimoines complexes | Élevée |
| Rachat assurance-vie 2026 | 152 500 € exonérés / bénéficiaire | ⭐⭐⭐⭐ | Détenteurs contrats AV | Modérée |
Les 6 étapes clés pour réussir votre donation immobilière
- Évaluer le bien : via estimation notariale, expertise indépendante ou référence à des mutations comparables récentes dans la même zone.
- Choisir la stratégie adaptée : selon votre âge, la valeur du bien, le nombre d’enfants, votre besoin de continuer à occuper ou louer le bien et votre horizon patrimonial.
- Consulter un conseiller en gestion de patrimoine : avant de consulter le notaire, pour définir la stratégie globale (démembrement, SCI, donation-partage) et s’assurer de la cohérence avec l’ensemble de votre patrimoine.
- Passer devant notaire : toute donation immobilière doit obligatoirement faire l’objet d’un acte notarié. Le notaire rédige l’acte, calcule les droits éventuels et procède à la publication foncière.
- Déclarer en ligne dans le mois (depuis jan. 2026) : via l’espace « Mon espace Finances publiques » sur impots.gouv.fr. Le formulaire papier n’est plus accepté depuis le 1er janvier 2026.
- Penser à l’équité entre enfants : une donation à un seul enfant peut créer des déséquilibres lors de la succession. La donation-partage est la solution idéale pour y remédier.
Les 6 erreurs les plus fréquentes à éviter
- Attendre trop longtemps : plus vous vieillissez, plus la valeur de la nue-propriété transmise est élevée. À 80 ans, vous ne transmettez plus que 30 % en valeur réduite d’usufruit, contre 60 % à 61 ans.
- Oublier les délais de 15 ans : entre deux donations pour bénéficier à nouveau de l’abattement de 100 000 €. Un rappel fiscal peut s’appliquer si le délai n’est pas respecté.
- Ne pas penser à la donation-partage : quand plusieurs enfants sont concernés, la donation à l’un seul peut générer des tensions et une réintégration à la succession.
- Ignorer l’exonération 2025 : limitée au 31 décembre 2026, elle disparaît définitivement si elle n’est pas utilisée à temps.
- Confondre « sans impôts » et « sans frais » : les émoluments du notaire, les débours et la taxe de publicité foncière restent dus même pour une donation totalement exonérée de droits.
- Mal évaluer le bien : une sous-évaluation peut être requalifiée par l’administration fiscale, entraînant un redressement et des pénalités.
Peut-on donner un bien immobilier sans passer par le notaire ?
Non. Contrairement à un don d’argent ou de mobilier, une donation immobilière doit obligatoirement faire l’objet d’un acte notarié authentique. Le notaire garantit la validité de l’acte, assure la publicité foncière et protège les deux parties.
Peut-on cumuler l’abattement de 100 000 € et la nouvelle exonération de 300 000 € de la loi 2025 ?
Oui, ces deux dispositifs sont cumulables. L’exonération de l’article 790 A bis (loi 2025) porte sur des dons de sommes d’argent destinés à l’achat immobilier ou à des travaux énergétiques, tandis que l’abattement de 100 000 € concerne toute donation en ligne directe (bien ou argent).
Peut-on annuler une donation immobilière après l’avoir signée ?
Une donation est en principe irrévocable. Des exceptions très limitées existent : ingratitude grave du donataire (actes délictueux, refus d’aliments), inexécution des charges prévues dans l’acte, ou survenance d’un enfant pour les donations entre époux. En dehors de ces cas, la donation ne peut pas être annulée.
Que se passe-t-il si le donateur décède avant l’expiration du délai de 15 ans ?
La donation sera réintégrée dans l’actif successoral pour le calcul des droits de succession, au prorata du délai non écoulé. Seul le démembrement de propriété permet d’y échapper complètement : au décès de l’usufruitier, l’usufruit s’éteint et les enfants deviennent pleins propriétaires sans droits supplémentaires.
La SCI familiale est-elle obligatoire pour plusieurs biens ?
Non, mais elle devient très pertinente dès que le patrimoine immobilier est conséquent (plusieurs biens), que vous souhaitez maintenir un contrôle centralisé sur la gestion tout en transmettant progressivement, ou que vous êtes dans une situation de famille recomposée nécessitant une structuration juridique claire.
Quel est le coût réel d’une donation immobilière chez le notaire ?
Les frais notariaux d’une donation immobilière comprennent : les émoluments proportionnels à la valeur du bien (environ 0,5 à 1 % selon le barème), les débours (publication foncière, renseignements hypothécaires) et la contribution de sécurité immobilière (0,10 %). Pour une donation d’un bien de 300 000 €, comptez entre 2 500 et 4 000 € de frais notariaux hors droits de donation.
Le démembrement fonctionne-t-il pour un bien mis en location ?
Oui, l’usufruitier (le parent) continue de percevoir les loyers et supporte les charges courantes. Le nu-propriétaire (l’enfant) n’a pas à déclarer ces revenus. Attention cependant : si le bien est loué via une SCI à l’IS, des règles spécifiques s’appliquent. Un montage à étudier avec votre conseiller patrimonial.
Comment déclarer un don manuel depuis janvier 2026 ?
Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration se fait obligatoirement en ligne sur impots.gouv.fr, via l’espace « Mon espace Finances publiques », service « Déclarer un don reçu ». Le délai reste d’un mois suivant le don. Le paiement des droits éventuels s’effectue également en ligne (télépaiement).
Votre situation mérite une analyse personnalisée
Les stratégies présentées dans ce guide ont toutes des conditions et implications différentes selon votre âge, la valeur de votre bien, votre situation familiale et votre régime matrimonial.
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