PER et succession : pourquoi le Plan d’Épargne Retraite est un outil de transmission sous-estimé

25 Mai 2026 | PER, Préparation à la retraite, Transmission du patrimoine

Deux retraités échangent avec leur conseillère fiscale
Kévin LE CALVEZ - Président - Conseiller en Gestion de Patrimoine Associé

Kévin LE CALVEZ
Plus de 500 clients nous font confiance pour leur préparation à la retraite.

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Le Plan d’Épargne Retraite (PER) est connu pour son atout fiscal à l’entrée : les versements sont déductibles du revenu imposable, ce qui en fait un outil de réduction d’impôt efficace pour les contribuables fortement taxés. Mais son rôle dans la transmission du patrimoine est beaucoup moins bien compris — et pourtant souvent décisif.

En cas de décès avant la liquidation du PER, les sommes accumulées sont transmises aux bénéficiaires désignés dans des conditions fiscales très avantageuses, proches de celles de l’assurance-vie. Et pour les profils dont le patrimoine dépasse le seuil de l’IFI, le PER présente un avantage supplémentaire : les sommes versées et non liquidées sont hors assiette IFI.

Pourtant, beaucoup de détenteurs de PER ignorent ces caractéristiques et n’ont jamais désigné de bénéficiaires, ou n’ont pas pensé à articuler leur PER avec leur stratégie de transmission globale. Cet article comble ce manque.

Le PER : rappel du fonctionnement de base

Le PER individuel (issu de la loi PACTE de 2019) fonctionne en trois temps :

1. La phase d’épargne

Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable dans la limite des plafonds annuels (environ 35 000€ pour les salariés, jusqu’à 85 000€ pour les TNS selon le bénéfice).

2. La phase de détention

Les sommes sont investies sur des supports diversifiés (fonds euros, unités de compte). Elles capitalisent hors imposition jusqu’à la sortie.

3. La sortie

Au moment de la retraite, le titulaire peut sortir en rente viagère ou en capital (en une ou plusieurs fois). Les sommes sont alors imposées à l’IR (avec application du barème ou d’un prélèvement forfaitaire libératoire selon les cas).

Ce que beaucoup ignorent : si le titulaire décède avant d’avoir liquidé son PER, les sommes ne sont pas liquidées dans ce cadre. Elles sont transmises aux bénéficiaires désignés, selon un régime fiscal spécifique et avantageux.

Le PER en cas de décès : hors succession, comme l’assurance-vie

Principe fondamental

Les sommes accumulées sur un PER non liquidé au décès du titulaire ne font pas partie de la succession au sens civil du terme. Elles sont transmises directement aux bénéficiaires désignés par le titulaire dans le contrat, en dehors du partage successoral — exactement comme pour l’assurance-vie.

Cette caractéristique est précieuse à double titre :

  • Elle permet d’avantager un bénéficiaire spécifique (conjoint, enfant, tiers) sans rompre l’équilibre de la succession civile
  • Elle permet d’éviter les droits de succession habituels dans les conditions décrites ci-dessous

Régime fiscal selon l’âge du décès

Le régime fiscal applicable dépend de l’âge du titulaire au moment du décès.

Décès avant 70 ans

Les sommes transmises sont soumises à la même fiscalité que l’assurance-vie pour les versements avant 70 ans :

  • Abattement de 152 500€ par bénéficiaire (tous contrats confondus — PER + assurance-vie — pour les versements effectués avant 70 ans)
  • Au-delà : prélèvement de 20% jusqu’à 700 000€ puis 31,25%
  • Les prélèvements sociaux (17,2%) s’appliquent sur les gains en plus

Exemple : un titulaire de PER décède à 65 ans avec un encours de 280 000€. Il a désigné ses deux enfants comme bénéficiaires à parts égales (140 000€ chacun). Chaque enfant bénéficie de l’abattement de 152 500€ → imposition nulle sur les deux parts.

Décès après 70 ans

Le régime est moins favorable mais reste avantageux :

  • Les primes versées après 70 ans sont soumises aux droits de succession après un abattement global de 30 500€ (tous contrats et tous bénéficiaires confondus — identique à l’assurance-vie)
  • Les gains (intérêts et plus-values) sont en revanche exonérés de droits de succession, quel que soit leur montant
  • Les prélèvements sociaux s’appliquent sur les gains

Attention : cet abattement de 30 500€ est partagé entre tous les bénéficiaires de tous les contrats (PER + assurance-vie). Il est donc important de coordonner les deux enveloppes pour ne pas le saturer.

Comparatif PER vs assurance-vie pour la transmission

CritèrePER (décès avant 70 ans)Assurance-vie (versements avant 70 ans)
Abattement par bénéficiaire152 500€152 500€
Prélèvement au-delà20% puis 31,25%20% puis 31,25%
Gains exonérés de droitsNon (PS à 17,2%)Non (PS à 17,2%)
Hors IFIOui (si non liquidé)Partiel (UC non immobilières)
Sortie en rente possibleOuiNon (en général)
Déduction à l’entréeOuiNon
DisponibilitéBloquée jusqu’à retraite (sauf cas)Libre
Clause bénéficiaireOuiOui

Lecture du tableau : le PER offre un avantage supplémentaire décisif par rapport à l’assurance-vie : la déductibilité des versements à l’entrée. Cela signifie que l’État a en quelque sorte cofinancé le capital transmis. Pour un contribuable en TMI 45%, un versement de 100 000€ sur le PER ne coûte réellement que 55 000€ après économie d’impôt — mais c’est 100 000€ qui sera transmis aux bénéficiaires.

La stratégie combinée PER + assurance-vie

La complémentarité entre PER et assurance-vie est la clé d’une stratégie de transmission optimisée. L’idéal est de maximiser les deux enveloppes de façon coordonnée, en tenant compte des abattements disponibles et du profil des bénéficiaires.

Avant 70 ans : saturer les abattements PER et assurance-vie

Chaque bénéficiaire désigné bénéficie d’un abattement de 152 500€ tous contrats confondus (PER + AV, pour les versements avant 70 ans). Pour un couple avec deux enfants, la capacité de transmission exonérée est de :

152 500€ × 2 enfants × 2 parents = 610 000€ transmissibles hors droits

(En pratique, l’abattement est calculé par bénéficiaire et par assuré/titulaire — vérifier la répartition selon la configuration familiale.)

Après 70 ans : concentrer les versements sur l’assurance-vie, pas sur le PER

Après 70 ans, les versements sur le PER et sur l’assurance-vie partagent le même abattement de 30 500€. Il devient moins intéressant de continuer à verser sur ces deux enveloppes : mieux vaut concentrer les versements sur l’assurance-vie si la déductibilité IR du PER n’est plus le moteur principal (TMI réduite à la retraite).

Cette articulation est au cœur des stratégies que les conseillers des Hermines construisent pour leurs clients, notamment dans le cadre de la préparation de la retraite à Paris.

PER et IFI : un double avantage pour les patrimoines élevés

Pour les contribuables assujettis à l’IFI, le PER présente un avantage supplémentaire que l’immobilier n’offre pas : les sommes investies sur un PER non liquidé sont totalement hors assiette IFI. Cela en fait un véhicule d’épargne particulièrement attractif pour les patrimoines importants.

Stratégie fréquente : un contribuable parisien ou cannois qui détient un patrimoine immobilier élevé (au-dessus de 1 300 000€) a intérêt à réorienter progressivement son épargne courante vers le PER (et l’assurance-vie) plutôt que vers l’immobilier, pour limiter la croissance de son assiette IFI tout en constituant un capital transmissible hors succession.

Cette approche est détaillée dans notre guide sur la déclaration et l’optimisation de l’IFI 2026.

La désignation de bénéficiaires : une étape souvent négligée

Beaucoup de titulaires de PER n’ont jamais désigné de bénéficiaires — ou ont laissé la clause par défaut (le conjoint, puis les enfants, puis les héritiers légaux). C’est une erreur qui peut coûter cher : sans clause bénéficiaire précise, les sommes tombent dans la succession et perdent leurs avantages fiscaux spécifiques.

Bonnes pratiques pour la clause bénéficiaire du PER :

  • Désigner les bénéficiaires nommément (prénom, nom, date de naissance) plutôt que par leur qualité (« mes enfants »)
  • Préciser la répartition entre les bénéficiaires
  • Prévoir des bénéficiaires de second rang (en cas de prédécès du premier bénéficiaire)
  • Réviser la clause après chaque événement familial majeur (mariage, divorce, naissance, décès)
  • Envisager une clause avec quasi-usufruit pour le conjoint (cf. notre article dédié au quasi-usufruit)

Les cas de déblocage anticipé du PER : impact sur la succession

Le PER est bloqué jusqu’à la retraite, sauf dans les cas de déblocage anticipé prévus par la loi :

  • Invalidité (2e ou 3e catégorie)
  • Décès du conjoint ou du partenaire de PACS
  • Surendettement
  • Expiration des droits au chômage
  • Liquidation judiciaire de l’entreprise
  • Acquisition de la résidence principale (cas unique d’ouverture pour un motif non subi)

Important : en cas de déblocage anticipé, les sommes sortent du PER et perdent leur statut de capital hors succession. Elles s’intègrent au patrimoine ordinaire du titulaire. Pour les profils qui envisagent d’utiliser leur PER pour financer l’acquisition de leur résidence principale, la perte de l’avantage successoral doit être intégrée dans la réflexion globale.

Simulation : transmission via PER pour un profil parisien

Situation : Philippe, 58 ans, cadre supérieur à Paris, TMI 45%. Il verse 40 000€/an sur son PER depuis 5 ans (total : 200 000€ de versements). Encours actuel avec revalorisation : 240 000€. Bénéficiaires : sa femme et ses deux enfants.

Scénario de décès à 65 ans (avant liquidation) :

  • Encours estimé à 65 ans (7 ans de versements supplémentaires + revalorisation) : ~500 000€
  • Répartition entre bénéficiaires : conjoint 250 000€, enfant A 125 000€, enfant B 125 000€
  • Abattement conjoint : exonération totale (conjoint survivant exonéré de droits de succession)
  • Abattement enfant A : 125 000€ < 152 500€ → imposition nulle
  • Abattement enfant B : 125 000€ < 152 500€ → imposition nulle

Économie fiscale réalisée par rapport à une transmission classique :

TransmissionDroits estimés
Sans PER (patrimoine ordinaire transmis aux enfants)~60 000€ de droits pour 250 000€ transmis aux deux enfants
Avec PER (250 000€ transmis via PER)0€
Économie~60 000€

Sans compter l’économie d’IR à l’entrée sur 7 ans de versements à 45% : environ 126 000€ d’impôt économisé sur les versements eux-mêmes.

Les Hermines : construire votre stratégie PER et transmission

Le PER est un outil complexe dont l’optimisation suppose une vision globale de votre patrimoine, de votre fiscalité et de vos objectifs de transmission. Les conseillers des Hermines Gestion Privée vous accompagnent dans la mise en place, le paramétrage et le suivi de votre PER, en coordination avec votre stratégie d’assurance-vie et de transmission patrimoniale.

FAQ — PER et succession

  1. Les sommes d’un PER entrent-elles dans la succession ?

    Non, si le PER n’a pas été liquidé avant le décès. Les sommes sont transmises directement aux bénéficiaires désignés, en dehors de la succession civile, selon un régime fiscal avantageux similaire à l’assurance-vie.

  2. Quel est l’abattement applicable pour la transmission d’un PER en cas de décès avant 70 ans ?

    L’abattement est de 152 500€ par bénéficiaire, tous contrats confondus (PER + assurance-vie, pour les versements avant 70 ans). Au-delà, un prélèvement de 20% puis 31,25% s’applique.

  3. Faut-il désigner des bénéficiaires sur son PER ?

    Oui, c’est indispensable. Sans désignation expresse, les sommes peuvent tomber dans la succession et perdre leurs avantages fiscaux. La clause bénéficiaire doit être rédigée avec soin et révisée après chaque événement familial majeur.

  4. Le PER est-il soumis à l’IFI ?

    Non. Les sommes investies sur un PER non liquidé sont hors assiette IFI. C’est un avantage significatif pour les contribuables dont le patrimoine immobilier dépasse 1 300 000€.

  5. Vaut-il mieux verser sur un PER ou une assurance-vie pour optimiser la transmission ?

    Les deux sont complémentaires. Le PER offre la déductibilité fiscale à l’entrée (avantage unique) ; l’assurance-vie offre la disponibilité à tout moment. La stratégie optimale consiste à maximiser les deux enveloppes en coordonnant les clauses bénéficiaires pour saturer les abattements disponibles.

  6. Que se passe-t-il si le bénéficiaire désigné décède avant le titulaire du PER ?

    Si aucun bénéficiaire de second rang n’est prévu, les sommes tombent dans la succession du titulaire et perdent leurs avantages fiscaux. Il est donc essentiel de prévoir des bénéficiaires de substitution dans la clause.

Kévin LE CALVEZ - Président - Conseiller en Gestion de Patrimoine Associé

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